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Mémoires - Ravachol

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Mémoires

Suivies de : Déclaration au procès du 21 juin 1892

Ravachol

138 x 204 mm - 52 pages - Texte - Noir et blanc - Reliure 2 points métal

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Politique de sécurité

 

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CGV

Le susnommé après avoir mangé de bon appétit nous a parlé en ces termes : Messieurs, j’ai l’habitude, partout où je me trouve de faire de la propagande. Savez-vous ce que c’est que l’Anarchie ?

À cette demande nous avons répondu que non...

Mes principes

Cela ne m’étonne pas, répondit-il. La classe ouvrière, qui comme vous est obligée de travailler pour se procurer du pain, n’a pas le temps de s’adonner à la lecture des brochures que l’on met à sa portée ; il en est de même pour vous.

L’anarchie, c’est l’anéantissement de la propriété.

Il existe actuellement bien des choses inutiles, bien des occupations qui le sont aussi, par exemple, la comptabilité. Avec l’anar- chie, plus besoin d’argent, plus besoin de tenue de livres et d’autres emplois en dérivant.

Il y a actuellement un trop grand nombre de citoyens qui souffrent tandis que d’autres nagent dans l’opulence, dans l’abondance. Cet état de choses ne peut durer ; tous nous devons non seulement profiter du superflu des riches, mais encore nous procurer comme eux le nécessaire. Avec la société actuelle, il est impossible d’arriver à ce but. Rien, pas même l’impôt sur les revenus ne peut changer la face des choses et cependant la plupart des ouvriers se persuadent que si l’on agissait ainsi, ils auraient une amélioration. Erreur, si l’on impose le propriétaire, il augmentera ses loyers et par ce fait se sera arrangé à faire supporter à ceux qui souffrent la nouvelle charge qu’on lui imposerait. Aucune loi, du reste, ne peut at- teindre les propriétaires car étant maîtres de leurs biens on ne peut les empêcher d’en disposer à leur gré. Que faut-il faire alors ? Anéantir la propriété et, par ce fait, anéantir les accapareurs. Si cette abolition avait lieu, il faudrait abolir aussi l’argent pour empêcher toute idée d’accumulation qui forcerait au retour du régime actuel.

C’est l’argent en effet le motif de toutes les discordes, de toutes les haines, de toutes les ambitions, c’est en un mot le créateur de la propriété. Ce métal, en vérité, n’a qu’un prix conventionnel né de sa rareté. Si l’on n’était plus obligé de donner quelque chose en échange de ce que nous avons besoin pour notre existence, l’or perdrait sa valeur et personne ne chercherait et ne pourrait s’enrichir puisque rien de ce qu’il amasserait ne pourrait servir à lui procurer un bien-être supérieur à celui des autres. De là plus besoin de lois, plus besoin de maîtres.

Quant aux religions, elles seraient détruites puisque leur in- fluence morale n’aurait plus lieu d’exister. Il n’y aurait plus cette absurdité de croire en un Dieu qui n’existe pas car après la mort tout est bien fini. Aussi doit-on tenir à vivre, mais, quand je dis vivre, je m’entends. Ce n’est pas piocher toute une journée pour engraisser ses patrons et devenir, en crevant de faim, les auteurs de leur bien-être.

Il ne faut pas de maîtres, de ces gens qui entretiennent leur oisiveté avec notre travail, il faut que tout le monde se rende utile à la société, c’est-à-dire travaille selon ses capacités et ses aptitudes ; ainsi un tel serait boulanger, l’autre professeur, etc. Avec ce principe, le labeur diminuerait, nous n’aurions chacun qu’une heure ou deux de travail par jour. L’homme, ne pouvant rester sans une occupation, trouverait une distraction dans le travail ; il n’y aurait pas de fainéants et s’il en existait leur nombre serait tellement minime qu’on pourrait les laisser tranquilles et les laisser profiter sans murmurer du travail des autres.

N’ayant plus de lois, le mariage serait détruit. On s’unirait par penchant, par inclinaison et la famille se trouverait constituée par l’amour du père et de la mère pour leurs enfants. Si par exemple, une femme n’aimait plus celui qu’elle avait choisi pour compagnon, elle pourrait se séparer et faire une nouvelle association. En un mot, liberté complète de vivre avec ceux que l’on aime. Si, dans le cas que je viens de citer, il y avait des enfants, la société les élèverait c’est-à-dire que ceux qui aimeraient les enfants, les prendraient à leur charge.

Avec cette union libre, plus de prostitution. Les maladies secrètes n’existeraient plus puisque celles-ci ne naissent que de l’abus du rapprochement des sexes, abus auquel est obligée de se livrer la femme que les conditions actuelles de la société forcent à en faire un métier pour subvenir à son existence. Ne faut-il pas pour vivre de l’argent à tout prix ?

Avec mes principes que je ne puis en si peu de temps vous détailler à fond, l’armée n’aurait plus raison d’être puisqu’il n’y aurait plus de nations distinctes, les propriétés étant détruites et toutes les nations s’étant fusionnées en une seule qui serait l’Univers.

Plus de guerres, plus de querelles, plus de jalousie, plus de vol, plus d’assassinat, plus de magistrature, plus de police, plus d’administration.

Les anarchistes ne sont pas encore entrés dans le détail de leur constitution, les jalons seuls en sont jetés. Aujourd’hui les anarchistes sont assez nombreux pour renverser l’état actuel des choses, et si cela n’a pas lieu c’est qu’il faut compléter l’éducation des adeptes, faire naître en eux l’énergie et la ferme volonté d’aider à la réalisation de leurs projets. Il ne faut pour cela qu’une poussée, que quelqu’un se mette à leur tête et la révolution s’opérera.

Celui qui fait sauter les maisons a pour but d’exterminer tous ceux qui par leurs situations sociales ou leurs actes sont nuisibles à l’anarchie. S’il était permis d’attaquer ouvertement ces gens-là sans crainte de la police et par conséquent pour sa peau on n’irait pas détruire leurs habitations à l’aide d’engins explosibles, moyens qui peuvent tuer en même temps qu’eux la classe souffrante qu’ils ont à leur service.

Enfance et adolescence

Je suis né à Saint-Chamond (Loire) le 14 octobre 1859, de parents hollandais et français.

Mes parents vivaient, je crois, séparés, mais ils avaient la ferme intention de s’unir, le retard de cette union ne dépendait que des formalités à remplir (acte de naissance etc., de mon père hollandais).

Mon père était lamineur, ma mère était moulinière en soie. À ce moment, ils étaient dans une petite aisance, car ma mère avait reçu quelque peu d’argent de sa famille, mais mon père avait des dettes qu’il fallut éteindre.

J’ai été élevé en nourrice jusqu’à l’âge de trois ans et d’après les dires de ma mère, je n’ai pas eu tous les soins nécessaires pour un jeune enfant.

À ma sortie de nourrice, je fus placé à l’asile et y suis resté jusqu’à l’âge de six ou sept ans.

Mon père battait ma mère et me faisait des questions pour faire des rapports contre elle, ce à quoi je ne répondis jamais, et par suite du désaccord dans le ménage, il l’abandonna avec quatre enfants, dont le plus jeune avait trois mois.

Il s’en alla dans son pays, mais comme il était atteint d’une maladie de poitrine, il succomba au bout d’un an.

Berger

Ma mère ne pouvait subvenir à l’existence de quatre enfants et me plaça à la campagne (La Rivoire près de Saint-Chamond) chez

M. Loa, mais il ne put me garder car j’étais trop petit pour attacher ou détacher les vaches qu’il avait et je revins près de ma mère, attendre l’année suivante.

Ma mère allait demander l’assistance aux gens aisés et elle m’en- voyait quelquefois chercher soit de l’argent ou du pain.

Un jour, je me souviens, que l’on donna à ma mère un costume de collégien, je ne voulus pas le porter tel qu’il était de peur que les autres enfants me disent que c’était un vêtement de mendicité, et il fallut que ma mère enlevât tous les boutons et tout ce qui pouvait faire soupçonner ce don.

Nous vécûmes tous bien tristement, et l’année suivante je repris le chemin de la campagne et retournai chez M. Loa, qui me payait 15 francs pour la saison.

Je n’avais alors que huit ans, et j’aidais mon maître qui n’avait que moi de domestique, à engerber le foin sur les voitures, en mot aux travaux de fenaison.

Le dimanche, j’assistais aux offices religieux, en somme je suivais les principes qui m’avaient été inculqués par nies parents.

L’hiver, je revins dans ma famille, et je continuai à aller à l’école. L’année suivante je suis allé dans la montagne, à la Barbanche1 chez Liard, où je gardais six vaches et quelques chèvres.

Le travail me semblait plus pénible surtout que j’y suis resté le commencement de l’hiver.

Cet hiver me frappa pour plusieurs raisons : la première fut les souffrances que j’endurais du froid pour mener les chèvres brouter la pointe des genêts, et étant mal chaussé, j’avais les pieds pour ainsi dire dans la neige, la deuxième, la perte d’une de mes sœurs, la plus jeune, et une maladie que je fis, la fièvre muqueuse. L’année suivante, je suis allé pendant l’été chez un gros fermier

M. Bredon, meunier et marchand de bois dans la commune d’Izieux. J’avais 4 chevaux, 8 vaches et 4 bœufs, un troupeau de brebis et quelques chèvres. Je gardais les vaches et les bœufs, c’était en 1870, j’avais onze ans.

Je crois que ce fut cet hiver que je fis ma première communion chez mes parents.

Quelquefois en gardant les vaches, je pleurais en souvenir de ma petite sœur que j’avais perdue. Je me souviens que ma mère vint me voir, elle était malade, et j’ai beaucoup pleuré lorsque je l’ai vue s’en aller en me laissant dans des mains étrangères, et aussi parce que je la savais malade et malheureuse.

L’année suivante, je suis allé à la Brouillassière entre Val Fleury et Saint-Chamond, mon patron M. Paquet était brutal pour les animaux et tenait une ferme appartenant à l’hospice et était un peu dans la misère, je n’y étais pas trop malheureux.

En revenant passer l’hiver à la maison, je me suis embauché par l’intermédiaire de maman dans un atelier de fuseaux où je gagnais 10 sous par jour, et à la belle saison je suis retourné à la campagne à Gray dans la montagne. Là j’étais bien vu de mes patrons que j’aimais beaucoup.

J’y ai passé l’été et l’hiver et cela avec plaisir, car ils avaient un fils très instruit avec qui j’étais content, de causer. Si je n’y suis pas resté, c’est à cause des faibles appointements qu’ils me donnaient, car je gagnais trop peu pour acheter même des vêtements.

Le jour même que je les quittai pour aller à Saint-Chamond, j’ai rencontré sur la route un cantonnier à qui j’ai exposé ma situation. Alors il m’a dit qu’il connaissait un paysan qui cherchait un berger. Il m’expliqua que je le trouverais sans doute à Obessa2, en effet je l’y trouvai et fus embauché pour les gages de 80 francs.

Je suis parti avec lui, et j’ai passé la nuit chez lui, le lendemain je suis venu à pied chez moi, et j’appris par ma mère qu’il y avait un paysan tout près de Saint-Chamond qui cherchait un berger, alors j’ai cédé aux instances de ma mère et me suis rendu chez le fermier que ma mère m’avait indiqué, car celui de la Fouillouse ne m’avait pas donné d’arrhes, autrement je serais allé chez lui, d’autant plus qu’ayant moins de bêtes à garder, j’aurais eu moins de mal que chez l’autre, et ce fut la dernière fois que je fus berger.

Je me rappelle un fait sans importance, mais qui peut faire connaître l’avarice de mon patron. Un jour il me dit : « dépêchons- nous de manger, nous mangerons mieux à la maison » ; ce à quoi je répondis : « — à la maison ou ici, vous me dites la même chose, car vous êtes toujours à nous presser, et à nous commander du travail au moment des repas de manière que nous n’ayons pas le temps de prendre notre nécessaire. »

Il voulut me rembaucher pour l’année suivante, mais j’ai refusé, voulant apprendre un état autre que cultivateur.

Arrivé chez moi, je suis allé travailler quelques jours dans une mine de charbon pour trier les pierres, je gagnais 15 sous par jour. De là je suis allé je crois chez des cordiers pour tourner la roue. J’y étais assez bien, gagnant de 0,75 à 1 franc ; en sortant de là, je suis allé chez des chaudronniers en fonte, je chauffais les rivets et frappais devant, je gagnais 1 franc par jour. Le bruit m’assourdissant, je fus obligé de partir.

1 - Barvanche dans le texte original, mais il n’existe pas de «Barvanche» dans la région stéphanoise. Il s’agit sans doute d’un lieu-dit, d’une ferme...

2 - Mauvaise transcription pour « au Bessat » ?

9782355832338
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