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Pelléas et Mélisande - Maurice Maeterlinck

15,00 €
TTC

Pelléas et Mélisande

Maurice Maeterlinck

Comprenant la pièce et le livret en vis à vis.

138 x 204 mm - 120 pages - Texte - Noir et blanc - Broché

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CGV

ACTE PREMIER

SCÈNE I

La porte du château.

Les Servantes (à l’intérieur) Ouvrez la porte ! Ouvrez la porte !

Le portier Qui est là  ? Pourquoi venez-vous m’éveiller  ? Sortez par les petites portes ; sortez par les petites portes ; il y en a assez !…

Une servante (à l’intérieur) Nous venons laver le seuil, la porte et le perron ; ouvrez donc ! ouvrez donc !

Une autre servante (à l’intérieur) Il y aura de grands événements !

Troisième servante (à l’intérieur) Il y aura de grandes fêtes ! Ouvrez vite !…

Les servantes Ouvrez donc ! Ouvrez donc !

Le portier Attendez ! Attendez ! Je ne sais pas si je pourrai l’ouvrir… Elle ne s’ouvre jamais… Attendez qu’il fasse clair…

Première servante Il fait assez clair dehors ; je vois le soleil par les fentes…

Le portier Voici les grandes clefs… Oh ! comme ils grincent, les verrous et les serrures… Aidez-moi ! aidez-moi !…

Les servantes Nous tirons, nous tirons…

Deuxième servante Elle ne s’ouvrira pas…

Première servante Ah ! ah ! Elle s’ouvre ! Elle s’ouvre lentement !

Le portier Comme elle crie ! Elle éveillera tout le monde…

Deuxième servante (paraissant sur le seuil) Oh ! Qu’il fait déjà clair au dehors !

Première servante Le soleil se lève sur la mer !

Le portier Elle est ouverte… Elle est grande ouverte !…

(Toutes les servantes paraissent sur le seuil et le franchissent.)

Première servante Je vais d’abord laver le seuil…

Deuxième servante Nous ne pourrons jamais nettoyer tout ceci.

D’autres servantes Apportez l’eau ! Apportez l’eau !

Le portier Oui, oui, versez l’eau, versez toute l’eau du déluge ; vous n’en viendrez jamais à bout…

SCÈNE II

Une forêt. On découvre Mélisande au bord d’une fontaine.

Entre Golaud.

Golaud Je ne pourrai plus sortir de cette forêt. Dieu sait jusqu’où cette bête m’a mené. Je croyais cependant l’avoir blessée à mort ; et voici des traces de sang. Mais maintenant, je l’ai perdue de vue ; je crois que je me suis perdu moi-même - et mes chiens ne me retrouvent plus - je vais revenir sur mes pas… J’entends pleurer… Oh ! Oh ! Qu’y a-t-il là au bord de l’eau  ?… Une petite fille qui pleure à la fontaine ! (Il tousse.) Elle ne m’entend pas. Je ne vois pas son visage. (Il s’approche et touche Mélisande à l’épaule.) Pourquoi pleures-tu  ? (Mélisande tressaille, se dresse et veut fuir.)  N’ayez pas peur. Vous n’avez rien à craindre. Pourquoi pleurez-vous, ici, toute seule  ?

Mélisande Ne me touchez pas ! Ne me touchez pas !

Golaud N’ayez pas peur… Je ne vous ferai pas… Oh ! vous êtes belle !

Mélisande Ne me touchez pas ! Ou je me jette à l’eau !…

Golaud Je ne vous touche pas… Voyez, je resterai ici, contre l’arbre. N’ayez pas peur. Quelqu’un vous a-t-il fait du mal  ?

Mélisande Oh ! Oui ! Oui, oui !… (Elle sanglote profondément.)

Golaud Qui est-ce qui vous a fait du mal  ?

Mélisande Tous ! Tous !

Golaud Quel mal vous a-t-on fait  ?

Mélisande Je ne veux pas le dire ! je ne peux pas le dire !…

Golaud Voyons ; ne pleurez pas ainsi. D’où venez-vous  ?

Mélisande  Je me suis enfuie !… Enfuie…

Golaud Oui, mais d’où vous êtes-vous enfuie  ?

Mélisande Je suis perdue !… Perdue ici… Je ne suis pas d’ici… Je ne suis pas née là…

Golaud D’où êtes-vous  ? Où êtes-vous née  ?

Mélisande Oh ! oh ! loin d’ici… Loin… Loin…

Golaud Qu’est-ce qui brille ainsi au fond de l’eau  ?

Mélisande Où donc  ? Ah ! c’est la couronne qu’il m’a donnée. Elle est tombée tandis que je pleurais.

Golaud Une couronne  ?... Qui est-ce qui vous a donné une couronne  ?... Je vais essayer de la prendre…

Mélisande Non, non ; je n’en veux plus ! Je préfère mourir tout de suite…

Golaud Je pourrais la retirer facilement. L’eau n’est pas très profonde.

Mélisande Je n’en veux plus ! Si vous la retirez, je me jette à sa place !…

Golaud Non, non, je la laisserai là. Elle semble très belle... 

Y a-t-il longtemps que vous avez fui  ?

Mélisande Oui… Qui êtes-vous  ?

Golaud Je suis le prince Golaud, le petit-fils d’Arkel, le vieux roi d’Allemonde…

Mélisande Oh ! vous avez déjà les cheveux gris…

Golaud Oui ; quelques-uns, ici, près des tempes…

Mélisande Et la barbe aussi… Pourquoi me regardez-vous ainsi  ?

Golaud Je regarde vos yeux... Vous ne fermez jamais les yeux  ?

Mélisande Si, si, je les ferme la nuit…

Golaud Pourquoi avez-vous l’air si étonné  ?

Mélisande Vous êtes un géant  ?

Golaud Je suis un homme comme les autres…

Mélisande Pourquoi êtes-vous venu ici  ?

Golaud Je n’en sais rien moi-même. Je chassais dans la forêt. Je poursuivais un sanglier. Je me suis trompé de chemin. Vous avez l’air très jeune. Quel âge avez-vous  ?

Mélisande Je commence à avoir froid…

Golaud Voulez-vous venir avec moi  ?

Mélisande Non, non ; je reste ici…

Golaud Vous ne pouvez pas rester seule. Vous ne pouvez pas rester ici toute la nuit… Comment vous nommez-vous  ?

Mélisande Mélisande.

Golaud Vous ne pouvez pas rester ici, Mélisande. Venez avec moi…

Mélisande Je reste ici…

Golaud Vous aurez peur, toute seule. Toute la nuit… Ce n’est pas possible. Mélisande, venez, donnez-moi la main…

Mélisande Oh ! ne me touchez pas !…

Golaud Ne criez pas… Je ne vous toucherai plus. Mais venez avec moi. La nuit sera très noire et très froide. Venez avec moi…

Mélisande Où allez-vous  ?…

Golaud Je ne sais pas… Je suis perdu aussi… (Ils sortent.)

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