search

Le peuple de l'abîme - Jack London

22,00 €
TTC

Le peuple de l'abîme

Jack London

Récit intégral avec les photos de l'auteur.

Traduction Louis Postif

138 x 204 mm - 214 pages - Texte + photos - Noir et blanc - Broché

Quantité

 

Politique de sécurité

 

Livraison

 

CGV

PRÉFACE

Les expériences que je relate dans ce volume me sont arrivées personnellement durant l’été 1902. Je suis descendu dans les bas-fonds londoniens avec le même état d’esprit que l’explorateur, bien décidé à ne croire que ce que je verrais par moi-même, plutôt que de m’en re- mettre aux récits de ceux qui n’avaient pas été témoins des faits qu’ils rapportaient, et de ceux qui m’avaient précédé dans mes recherches. J’étais parti avec quelques idées très simples, qui m’ont permis de me faire une opinion : tout ce qui améliore la vie, en renforçant sa santé morale et physique, est bon pour l’individu ; tout ce qui, au contraire, tend à la détruire est mauvais.

Le lecteur s’apercevra bien vite que c’est cette dernière catégorie (ce qui est mauvais) qui prédomine dans mon ouvrage. L’Angleterre était pourtant, au moment où j’ai écrit ces lignes, dans une période qu’il est convenu d’appeler « le bon vieux temps ». La faim et le manque de logements que j’ai pu constater sévissaient pourtant à l’état chronique, et la situation ne s’est nullement améliorée lorsque le pays est devenu très prospère.

Un hiver extrêmement rigoureux fit suite à cet été 1902. Chaque jour, d’innombrables chômeurs se rassemblaient en processions (il y en avait parfois une douzaine en même temps) qui défilaient dans les rues de Londres en réclamant du pain. Mr Justin McCarthy, dans un article publié dans le New York Independant en janvier 1903, décrit ainsi brièvement la situation :

« Les asiles ne sont pas assez grands pour recevoir les foules de chômeurs qui viennent quotidiennement frapper à leurs portes, et de- mandent qu’on leur donne un toit et de quoi se nourrir. Toutes les institutions charitables sont débordées — elles ont épuisé leurs ressources en ravitaillant les habitants affamés des caves et des greniers des rues et des ruelles de Londres. Les succursales de l’Armée du Salut, dans les différents quartiers, sont assiégées par la horde des sans-emploi et des affamés, et n’ont même plus de quoi leur procurer le moindre abri et le moindre secours. »

On m’a reproché d’avoir brossé de Londres un tableau noirci à souhait. Je crois cependant avoir été assez indulgent. L’idée que j’ai de la société est moins axée sur les partis politiques que sur les individus qui composent cette société. Cette dernière est en perpétuelle évolution, tandis que les partis s’effritent et deviennent rapidement bons pour la poubelle. Tant que les hommes et les femmes de l’Angleterre feront preuve de cette bonne santé et de cette belle humeur qui les caractérisent, l’avenir est pour eux, à mon avis, florissant et prospère. Mais la plupart des groupements politiques qui gèrent si mal les destinées de ce pays sont — et, là aussi, c’est mon opinion — destinés à la décharge publique.

JACK LONDON

Piedmont, Californie

I - LA DESCENTE

« Ce que vous désirez est impossible » — telle fut la réponse péremptoire qui me fut donnée par des amis auxquels je demandais conseil, avant de m’en aller plonger, corps et âme, dans l’East End de Londres. Ils ajoutèrent que je ferais mieux de m’adresser à la police, qui me pro- curerait un guide. Il était visible que je n’étais pour eux qu’un simple fou, venu les trouver avec plus de lettres de recommandation que de bon sens, et dont ils flattaient poliment la manie.

Je protestai :

« Mais je n’ai rien à faire avec la police ! Ce que je veux, c’est pénétrer tout seul dans l’East End, et constater par moi-même ce qui s’y passe. Je veux savoir comment les gens vivent là-bas, pourquoi ils y vivent et ce qu’ils y font. Je veux, en un mot, partager leur existence. »

« Vous n’allez tout de même pas vivre là-dedans », s’exclamèrent-ils en chœur, avec un air de désapprobation à peine dissimulée. « Il y a là-bas des endroits où, à ce que l’on dit, la vie d’un homme ne vaut pas deux pence… »

« C’est justement ces endroits-là que je veux visiter », m’exclamais-je en les interrompant.

« Puisqu’on vous dit que c’est impossible ! »

Je brusquais la conversation, un peu irrité par leur incompréhension.

« Ce n’est pas pour m’entendre dire cela que je suis venu vous trouver ! Vous voyez, je suis étranger dans ce pays, et je voudrais que vous me disiez tout ce que vous savez sur l’East End, pour que je puisse avoir une base pour commencer mes travaux. »

« Mais nous ne savons absolument rien sur l’East End, sauf que ça se trouve là-bas, quelque part… » Et ils agitèrent leurs mains vaguement dans la direction où le soleil, en de rares occasions, daigne se montrer à son réveil.

« Alors, puisque c’est comme cela, répliquai-je, je vais m’adresser à l’Agence Cook. »

« Très bien ! Parfait ! » approuvèrent-ils, soulagés. « Cook saura sûrement. »

Mais, ô Cook, ô Thomas Cook & Son, toi qui repères, sur toute la sur- face du globe, les pistes et les sentiers vénérables, poteau indicateur vivant de l’univers entier, toi qui tends une main fraternelle au voyageur égaré et qui, immédiatement et sans la moindre hésitation, peux m’expédier facilement et en toute sécurité aux profondeurs de l’Afrique ou au cœur même du Tibet,

9782355832154
chat Commentaires (0)