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Intégrale Guignol - Tome 2 - Mourguet, Josserand et Vuillerme-Dunand

9,00 €
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Intégrale Guignol - Tome 2

Tome 2, contenant : Le déménagement - Le Duel - Le marchand de picarlat - Les frères Coq - Le pot de confitures

Mourguet, Josserand et Vuillerme-Dunand

111 x 156 mm - 160 pages - Texte - Noir et blanc - Broché

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CGV

Ces cinq pièces sont tirées du recueil que Jean-Baptiste Ono­frio réalisa en 1865. Magistrat Lyonnais, il voulait sortir Guignol de la rue pour qu'il entrât dans les salons. Pour cela il n'a pas hésité à éla­guer certains passages scabreux, voire nettement obcène, anti-institutionnels (ou carrément anarchistes) et à récrire l'ensemble dans un langage plus respectueux des codes bourgeois de son temps. Des textes originaux (essentiellement oraux), il ne reste pas grand-chose : une trame, des personnages, des expressions, une partie du vocabulaire qui sonnent comme un écho des spectacles où, à l'exemple de la Commedia dell'Arte, la verve des manipulateurs remplissait à foison, par leurs improvisa­tions souvent déchaînées, des heures de spectacles Malgré cela, au vu de l'impossibilité à restituer fidèlement à l'écrit ce qui est de tradition orale, il nous a semblé impor­tant de ne censurer aucune source, toute trace du répertoire de Guignol étant la bienvenue. 

LE DÉMÉNAGEMENT 

Pièce en un acte 

Guignol 

Madelon, sa femme 

M. Canezou, le propriétaire de Guignol 

Gnafron, ami de Guignol 

Le bailli 

Le brigadier 

Un gendarme 

On croit que Mourguet grand-père avait dans son répertoire un Déménagement. C’est là, en effet, un sujet si essentielle­ment guignolesque, qu’on peut facilement supposer qu’il a été traité à l’origine du genre; mais l’exécution en est aussi essentiellement variable avec les circonstances de temps et de lieu, et il est probable qu’il reste aujourd’hui peu de chose de l’œuvre primitive. Au surplus, le Déménagement est une des pièces le plus constamment goûtées du répertoire, et la réputation d’un théâtre Guignol s’établit sur la manière dont elle y est jouée. C’est la sommité la plus ardue de la Com­media dell’Arte. 

"Scène 1 

Guignol 

GUIGNOL Ah ! Guignol, Guignol, le guignon te porsuit d’une manière bien rebarbarative. J’ai beau me virer d’un flanc et de l’autre1, tout va de traviole chez moi... J’ai ben changé qua­rante fois d’état; je peux riussir à rien... J’ai commencé par être canut comme mon père... Comme il me disait souvent dans sa chanson : 

Le plus cannant des métiers, 

C’est l’état de taffe, taffe, 

Le plus cannant, des métiers, 

C’est l’état de taffetatier. 

Je boulottais tout petitement sur ma banquette... Mais v’là qu’un jour que j’allais au magasin... je demeurais en ce temps-là aux Pierres-Plantées... je descendais la Grand’­Côte avec mes galoches. Sur ces grandes cadettes qu’ils appellent des trétoirs... v’là qu’en arrivant vers la rue Ney­ret, je mets le pied sur quèque chose de gras qu’un mar­propre avait oublié sur le trétoir... Je glisse... patatrouf... les quatre fers en l’air... et ma pièce dans le ruissiau... Quand je me relève, ils étaient là un tas de grands gognands qui ricanaient autour de moi... Y en avait un qui baliait la place avec son chapeau... un qui me disait : M’sieu, vous avez cassé le verre de votre montre ? L’autre répondait : Laisse donc, te vois ben qu’il veut aller ce soir au thiâtre, il prend un billet de parterre... Je me suis retenu de ne pas leur co­gner le melon... Enfin, je me ramasse; je ramasse ma pièce dans le ruissiau, une pièce d’une couleur tendre, gorge de pigeon... ça lui avait changé la nuance... Je la porte au magasin, ils n’ont pas voulu la prendre... Y avait le premier commis, un petit faraud qui fait ses embarras... avec un morceau de vitre dans l’œil... qui me dit : Une pièce tachée ! j’aime mieux des trous à une pièce que des taches ! — Ah ben ! que j’ai dit, je veux bien... J’ai pris des grandes ciseaux, j’ai coupé les taches tout autour... C’est égal, il a pas voulu la gar­der... Puis il m’a dit : — Vous vous moquez de moi, Mos­sieu Guignol, ne revenez plus demander d’ouvrage à la maison... et dépêchez-vous de vous en aller mon cher, car vous ne sentez pas bon... J’aurais bien voulu le voir, lui, s’il était tombé dedans, s’il aurait senti l’eau de Colonne... Je suis rentré à la maison; j’étais tout sale; Madelon m’a ago­nisé de sottises : — Te v’là ! t’es toujours le même ! t’es allé boire avec tes pillandres, te t’es battu !... Elle m’a appe­lé sac à vin, pilier de cabaret, ivrogne du Pipelu4... Elle m’a tout dit; enfin... on n’en dit pas plus à la vogue de Bron... 

La moutarde m’a monté au nez; je lui ai donné une gifle, elle m’a sauté aux yeux; nous nous sommes battus, nous avons cassé tout le ménage. C’te histoire-là m’a dégoûté de l’état... Je me suis dit : je vergète là depuis cinq ans sans rien gagner... y faut faire un peu de commerce... Je me suis mis revendeur de gages dans la rue Trois-Massacres... Mais j’ai mal débu­té... J’ai acheté le mobilier d’un canut qui avait déménagé à la lune... Le propriétaire avait un bau de loyer... il a suivi son mobilier... Le commissaire est venu chez moi... il m’a flanqué à la cave... J’ai passé une nuit avec Gaspard. Mon vieux, que je me suis dit après ça, faut changer de plan... T’as entrepris quéque chose de trop conséquent... t’as voulu cracher plus haut que ta casquette... Y faut faire le commerce plus en petit... Y avait un de mes amis qui avait une partie d’éventails à vendre... je l’ai achetée... et je les criais sur le pont... Mais j’avais mal choisi mon m’ment... c’était à la Noël... j’avais beau crier : Jolis éven­tails à trois sous ! le plus beau cadeau qu’on peut faire à un enfant pour le jour de l’an !... Personne en achetait, et encore on me riait au nez. 

Après ça, je me suis fait marchand de melons... Pour le coup, c’était bien au bon m’ment... c’était au mois de jeu­liet... Mais quand le guignon n’en veut à un homme, il le lâche pas... C’était l’année du choléra... et les médecins dé­fendaient le melon... J’ai été obligé de manger mon fonds... toute ma marchandise y a passé... Hé ben ! ça n’a pas ar­rangé mes affaires... au contraire, ça les a tout à fait déran­gées... J’ai déposé mon bilan... ça a fait du bruit... la justice est venue sur les lieux avec les papiers nécessaires... et elle a dit : V’là une affaire qui ne sent pas bonne... C’est égal, tes créanciers ont eu bon nez, ils n’ont point réclamé de dividende. J’ai pas eu plus de chance dans mes autres entreprises... Y a bien un quelqu’un qui m’avait conseillé de me faire avocat... parce qu’il disait que j’avais une jolie organe... Mais y en a d’autres qui m’ont dit que, pour cette chose-là, je trouverais trop de concurrence. Ah ! j’ai eu, par exemple, un joli m’ment... je m’étais fait médecin margnétiseur, et ma femme Madelon somnam­bule... C’était un de mes amis qui avait travaillé chez un physicien qui m’avait donné des leçons... Madelon guéris­sait toutes les maladies... On n’avait qu’à lui apporter quéque chose de la personne... sa veste, ses cheveux, quoi que ce soit, enfin... Elle disait sa maladie et ce qu’y fallait lui faire... Les écus roulaient chez nous comme les pierres au Gourguillon... et tous les jours y avait cinq ou six fiacres à notre porte... C’est que Madelon était d’une force !... Et pour le déplacement des essences !... C’était le même ami qui m’avait appris ça... Elle y voyait par le bout du doigt, elle y voyait par l’estomac, de partout, enfin... Elle lisait le journal, rien qu’en s’assiyant dessus... Eh ben ! nous avons fini par avoir un accident... Y avait une jeunette qui était malade de la poitrine; Madelon l’a con­seillée de s’ouvrir une carpe sur l’estomac et de s’asseoir sur un poêle bien chaud, jusqu’à ce que la carpe soye cuite... Elle a prétendu que ça lui avait fait mal... ça nous a ôté la confiance... Les fiacres sont plus venus, les écus non plus... Nous avions fait bombance pendant le bon temps, acheté un beau mobilier... y fallait payer ça... Tout a été fricassé. Du depuis, je n’ai fait que vicoter... je suis revenu à ma canuserie... mais l’ouvrage ne va pas... Le propriétaire m’est sur les reins pour son loyer... je lui dois neuf termes... Il est venu hier... il va revenir aujourd’hui... Je sais plus où donner de la tête. 

Scène 2 

Guignol, Madelon 

MADELON Te v’là encore à flâner au lieur d’être sur ton métier, pillandre! 

GUIGNOL Ah ! Madelon, j’ai assez de cassement de tête comme ça... laisse-moi la paix... Le propriétaire va venir... j’ai pas d’ar­gent à lui donner. 

MADELON T’en as bien de l’argent pour aller au cabaret. D’où viens-tu à présent ? "

...

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