Tous les livres papier

21,00 

Les Aventures de Sherlock Holmes

Sir Arthur Conan Doyle

Accompagné de l’ensemble des illustrations de Sidney Paget

138 x 204 mm – 190 pages – Texte et illustrations – Noir et blanc – Broché

Télécharger un extrait

UGS : 9782355832796 Catégories : ,

Description

Pour Sherlock Holmes elle restera toujours la femme. Il ne parle jamais d’elle autrement ; à ses yeux elle éclipse toutes les autres entièrement. Ne croyez pourtant pas qu’il ait eu de l’amour, voire même de l’affection pour Irène Adler. Tous les sentiments et celui-là en particulier sont contraires à son caractère froid, méthodique et admirablement équilibré. Holmes est bien la machine animée et observatrice la plus parfaite qu’on puisse rencontrer, mais dans la peau d’un amoureux, il se serait posté lui-même en porte-à-faux. Il ne m’a jamais parlé d’amour qu’avec un geste de mépris et un sourire railleur. Pour lui, qui a mission d’observer et de déduire, la passion chez les autres est un secours puissant ; elle détermine sans cesse les mobiles secrets qui ont porté l’accusé à son crime ; mais le logicien de profession aurait grand tort de se laisser envahir par le sentiment ; cela équivaudrait à introduire dans des rouages fins et délicats un facteur étranger qui y porterait la plus grande perturbation ; le sentiment pourrait influer sur ses déductions. Une émotion violente pour une nature comme la sienne équivaudrait à un grain de sable dans un instrument de précision ou à une fêlure sur un de ses microscopes les plus puissants. Et cependant, pour lui, il n’y avait qu’une femme au monde et cette femme était feue Irène Adler, de mémoire douteuse…

Je n’avais pas vu Holmes depuis quelque temps. Mon mariage nous avait séparés l’un de l’autre. Le bonheur parfait dont je jouissais, les nouveaux devoirs et les occupations inséparables d’une entrée en ménage absorbaient tous mes instants. De son côté, Holmes, dont la nature bohème répugnait à tout ce qui avait l’apparence du monde, continuait à résider dans notre appartement de Baker Street, enfoui sous ses vieux bouquins, alternant de semaines en semaines la prise de cocaïne et la résolution de nouveaux cas ; en somme tantôt engourdi par le poison et tantôt dévoré par l’activité extraordinaire de son ardente nature. Il était comme toujours particulièrement attiré par les enquêtes criminelles les plus complexes et il mettait ses merveilleuses facultés d’observation au service de ces crimes mystérieux que la police renonçait à éclaircir. De temps en temps, les échos de ses exploits me parvenaient vaguement ; je savais qu’il avait été appelé à Odessa pour étudier le meurtre de Trepoff, qu’il avait jeté la lumière sur la singulière tragédie des frères Atkinson à Trincomalee et enfin qu’il s’était acquitté avec beaucoup de tact et de succès d’une mission délicate pour le compte de la maison régnante de Hollande. À part ces nouvelles que me donnaient du reste les feuilles publiques et qui me prouvaient qu’il était encore en vie, je ne savais presque rien de mon vieux compagnon et ami.

Un soir, je me rappelle que c’était le 20 mars 1888, je revenais de voir un malade (car je m’étais consacré à la clientèle civile) et je longeais précisément Baker Street. En passant devant la porte bien connue, inséparable pour moi du souvenir de mes fiançailles et des sombres incidents de l’Étude en Rouge, je fus saisi du désir irrésistible de revoir Sherlock Holmes et de savoir à quoi il employait ses extraordinaires facultés. Son appartement était très éclairé et en levant la tête j’aperçus, à travers le store, sa longue et mince silhouette allant et venant dans la pièce. Il marchait rapidement, la tête penchée sur la poitrine, les mains derrière le dos. Pour moi qui le connaissais si bien il n’y avait aucun doute : il était en plein travail. Il n’était pas sous l’emprise de drogue et cherchait à résoudre quelque nouveau problème. Je sonnais et fus introduit dans ce salon qui avait été aussi le mien autrefois.

Je ne fus pas reçu très chaudement ; en apparence du moins, car dans le fond je crois qu’il était assez content de me revoir. Presque sans m’adresser la parole, il me désigna un fauteuil, me jeta son étui à cigares, me montra du doigt une cave à liqueurs et, dans un coin, un allume-cigare. Puis il se planta devant la cheminée et me fixa avec son regard si pénétrant.

— Le mariage vous réussit, me dit-il. Je suis sûr que vous avez pris sept livres et demie depuis que je ne vous ai vu.

— Sept, répondis-je.

— Vraiment ? Il me semblait que c’était un peu plus, quelques grammes seulement, j’en suis persuadé, Watson. Et vous vous êtes remis à exercer la médecine, je vois. Vous ne m’aviez pas dit que vous comptiez reprendre le collier de misère.

— Alors comment le savez-vous ?

— Je le vois, ou je le déduis plutôt de ce que je vois. Vous avez été souvent mouillé ces temps derniers et vous avez une servante des plus maladroites et négligentes.

— Mon cher Holmes, dis-je, ceci est trop fort. Il y a quelques siècles, on vous aurait sûrement brûlé vif comme sorcier. Il est parfaitement exact que j’ai dû faire jeudi dernier une longue course dans la campagne, et que je suis rentré trempé et couvert de boue ; mais comme je ne porte pas aujourd’hui les mêmes vêtements, je ne comprends pas ce qui vous l’a fait découvrir. Quant à Marie-Jeanne, elle est incorrigible et ma femme lui a donné son congé ; mais une fois de plus, je ne vois pas comment vous avez pu le deviner.

Il gloussa pour lui-même et frotta l’une contre l’autre ses longues mains osseuses.

— C’est enfantin, dit-il ; je vois d’ici que sur le rebord de votre soulier gauche, éclairé en ce moment par le feu, le cuir est sillonné de six coupures parallèles. Il est clair que ces coupures ont été faites par quelqu’un qui a gratté très négligemment le tour des semelles afin d’en enlever la boue desséchée. De là, vous le voyez, ma double déduction que vous étiez sorti par un très mauvais temps et que vous aviez chez vous un très fâcheux spécimen de la domesticité de Londres. Quant à l’exercice de votre profession, il est bien évident que lorsqu’un individu entre chez moi apportant avec lui une forte odeur d’iodoforme, qu’il a sur l’index une tache de nitrate d’argent et que son chapeau haut de forme est bossué à l’endroit où il cache son stéthoscope, il faudrait être idiot pour ne pas déclarer qu’il professe la médecine.

Je ne pus m’empêcher de rire en l’entendant développer si naturellement son mode de déduction.

— Quand vous me donnez des explications, dis-je, la chose me paraît si simple que je me crois capable d’en faire autant ; et néanmoins, à chaque nouvelle occasion, je me retrouve aussi novice et je ne comprends que lorsque vous m’avez une fois de plus développé votre procédé. Il me semble cependant que ce que vous voyez, je devrais le voir aussi.

— Assurément, me répondit-il, en allumant une cigarette et en se jetant dans un fauteuil. Vous voyez, mais vous n’observez pas, c’est certain. Par exemple, vous avez souvent vu l’escalier qui mène de l’antichambre à cette pièce.

— Souvent.

— Combien de fois ?

— Eh bien, quelques centaines de fois.

— Combien y a-t-il de marches ?

— Combien ? Je n’en sais rien.

— Parfaitement. Vous n’avez pas observé. Et, cependant, vous avez vu ; c’est bien ce que je vous disais. Moi, par contre, je sais qu’il y a dix-sept marches, parce que je ne me suis pas contenté de voir, j’ai observé. À propos, puisque vous vous plaisez à étudier mes problèmes et que vous avez même eu la bonté de publier quelques-uns de mes succès, tout insignifiants qu’ils fussent, ceci vous intéressera peut-être.

Informations complémentaires

Poids 270 g
Dimensions 16 × 138 × 204 mm
Disponible

Oui

Genre

Nouvelles, Policier

Avis

Il n’y a pas encore d’avis.

Soyez le premier à laisser votre avis sur “Les Aventures de Sherlock Holmes – Sir Arthur Conan Doyle”

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *