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Le chant de Hiawatha

Henry W. Longfellow

Texte intégral – Nouvelle traduction

138 x 204 mm – 134 pages – Texte – Noir et blanc – Broché

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UGS : 9782355832468 Catégories : ,

Description

Chant I

Le calumet de la Paix

Par les montagnes et les prairies, sur le grand rocher rouge du calumet, Gitche Manitou, le puissant, le Maître de la Vie, s’avança ; sur les rochers rouges, il se tint debout pour appeler les nations, toutes les tribus des hommes, ensemble.

Sous son pas une rivière jaillit ; bondissant dans la lumière du matin au-dessus du précipice plongeant, elle brilla comme Ishdookah la comète. Et le Grand Esprit se baissant vers la terre, traça pour elle de son doigt, dans la prairie, un sentier sinueux en lui disant : « Coule dans cette voie ! »

De sa main il arracha un fragment d’argile rouge, la modela en fourneau de pipe et l’orna de figures ; au bord de la rivière, il saisit un long roseau pour le tuyau, sans en enlever les feuilles vert foncé et bourra la pipe d’écorce de saule rouge.

Inspirant profondément au-dessus de la forêt toute proche, les hautes branches frottées les unes aux autres s’embrasèrent et, dressé au-dessus des montagnes, Gitche Manitou le puissant fuma le calumet, la Pipe de la Paix, en guise de signal aux nations.

La fumée s’éleva doucement, lentement, dans l’air tranquille du matin, d’abord en une ligne sombre, puis en une vapeur plus dense et plus bleue, et, en un nuage blanc comme la neige, s’élevant comme les cimes des arbres d’une forêt, toujours plus haut, plus haut, plus haut ! jusqu’à ce qu’il touche le ciel, qu’il s’y brise et roule en se répandant tout autour.

Du val de Tawasentha, des vallées du Wyoming, des bois de Tuscaloosa, des lointains Monts Rocheux, des lacs et des rivières du Nord, toutes les tribus aperçurent le signal : l’ascension d’une fumée montant de l’horizon, la Pukwana du calumet de la Paix.

Et les sorciers de chaque nation dirent : « Voyez c’est la Pukwana ! Par ce signal dans le ciel, léger comme une branche de saule et qui se ploie comme une main faisant signe de venir, Gitche Manitou le puissant, convoque toutes les tribus des hommes, tous les guerriers, à son conseil. »

Par les rivières et les prairies, les guerriers des nations arrivèrent. Les Delawares et les Mohawks, les Choctaws et les Comanches, les Soshonies et les Blackfeet, les Pawnees et les Omahas, les Mandans et les Dacotahs, les Hurons et les Ojibways, attirés  tous à la fois par le signal du calumet de la Paix, depuis les montagnes et les prairies jusqu’au grand rocher du calumet rouge.

Ils se tinrent, là, sur la prairie, armés et équipés pour la guerre, parés de peintures de la couleur des feuilles en automne et de celle du ciel du matin, à se lancer des regards farouches, leurs visages sévères, plein de défiance, reflétant leurs cœurs emplis de querelles sans âge, de haine héréditaire, d’une insatiable soif de vengeance.

Gitche Manitou le puissant, créateur des nations, les regarda avec toute la compassion et la pitié d’un père. Il jugea leur colère et leurs querelles puériles, des batailles d’écoliers !

Il étendit sa main droite sur eux. Domptant leur nature farouche, apaisant leur agitation et leur fièvre par l’ombre de sa main, il leur parla alors d’une voix profonde comme le son des cascades chutant dans les gorges sombres. Avertissement tout autant que réprimande, voici ce qu’il leur dit :

« Ô, mes enfants ! Mes pauvres enfants ! Écoutez les mots de prudence et de conseil de la bouche du Grand Esprit, le Maître de la Vie qui vous a créés !

« Je vous ai donné les terres pour y chasser, les ruisseaux pour y pêcher ; je vous ai donné l’ours et le bison, le chevreuil et le renne, la bernache et le castor ; j’ai rempli les marais d’oiseaux sauvages et les rivières de poissons. Pourquoi cela ne vous suffit- il pas ? Pourquoi tous ces massacres entre vous ?

« Je suis las de vos querelles, épuisé par vos guerres et vos carnages, votre soif de vengeance, vos dissensions ! Votre puissance naît dans l’union, votre vulnérabilité dans la

discorde ! Par conséquent, faites la paix dès à présent et vivez en frères !

« Bientôt un chaman viendra pour pacifier vos nations ; il vous guidera, enseignera, travaillera et souffrira avec vous. Si vous suivez ses conseils, alors vous vous multiplierez et prospérerez, mais si vous négligez son bon sens, alors viendra un grand péril !

Pour l’heure, baignez-vous dans l’onde qui coule à vos pieds, lavez les peintures de guerre de vos visages et le sang qui tâche vos mains, puis enterrez vos haches de guerre et toutes vos armes ! Alors, ôtez un peu d’argile rouge du rocher du calumet, modelez-la et faites des calumets de la paix avec les roseaux qui poussent à côté de vous ; ornez-les des plus belles plumes que vous ayez et, ensemble, fumez fraternellement le calumet. Vous êtes frères dorénavant ! »

Alors, les guerriers enlevèrent leurs capes et leurs chemises en daim et les jetèrent par terre ; ils jetèrent aussi leurs armes et tout l’attirail de guerre qu’ils portaient. Ils sautèrent dans l’eau courante pour y laver leurs visages des peintures de guerre. La source, jaillie de sous les pas du Maître de la Vie, était pure, mais, souillée par leur présence, l’eau coula sombre dessous eux, avec de longues traînées rouges, comme mêlée de sang !

De la rivière, les guerriers sortirent lavés et débarrassés de leurs peintures de guerre. Ils enterrèrent les armes sur la rive. Gitche Manitou le puissant, le Grand-Esprit créateur, s’attendrit à la vue de ses enfants désarmés.

Puis, en silence, ils ôtèrent l’argile rouge du grand rocher, la modelèrent en calumets bien lisses. Brisant de longs roseaux ils les ornèrent de plumes chatoyantes.

Alors, chacun s’en retourna chez lui, tandis que le Grand-Esprit s’élevait et se dissipait entre les ouvertures des grands nuages, par les portes du ciel, disparaissant à leurs regards dans les volutes de fumée, la Pukwana du calumet de la Paix.

Chant II Les quatre vents

« Honneur à Mudjekeewis ! » s’écrièrent les guerriers et les vieillards tandis qu’il rentrait chez lui triomphant, portant le pectoral sacré en wampum, depuis les régions du vent du Nord, au royaume de Wabasso le pays du Lapin Blanc.

« Il s’est emparé du pectoral sacré en wampum du cou de Mishe-Mokwa, le Grand Ours des montagnes, terreur des nations, pendant qu’il dormait affalé au sommet de la montagne, tel un roc ocellé de lichens bruns et gris. Silencieusement, Mudjekeewis s’est glissé vers le géant, vers ses griffes ensanglantées, les touchant presque au point d’en être presque blessé… Si près, qu’il a senti le souffle sorti tout droit des narines chauffer ses mains, tandis qu’il tirait le pectoral sacré par-dessus les oreilles rondes qui n’entendaient pas, au-dessus des petits yeux qui ne voyaient rien, le long du museau à la truffe noire, d’où sortait ce souffle épais qui lui chauffait les mains. Alors, Mudjekeewis a élevé sa hache de guerre et tout en poussant un haut et long cri guerrier, il a frappé le puissant Mishe-Mokwa au milieu du front, droit entre les deux yeux.

Ahuri par le coup, le Grand Ours des montagnes s’est redressé d’un bond mais ses pattes ont vacillé et geignant comme une femelle, il a chancelé, est tombé en avant, et s’est affaissé sur ses hanches.

Mudjekeewis, si fort, s’est tenu devant lui sans peur. Se raillant avec dédain de l’Ours, il lui a parlé en termes choisis : «Entends- moi Ours ! Tu es lâche et pas si brave que tu le prétends, sinon tu ne gémirais pas comme une pauvre femelle ! Ours ! nos tribus se sont fait la guerre aussi longtemps qu’elles ont été ennemies mais maintenant que nous sommes unis, tu découvres que nous sommes les plus forts ! Et tu te caches dans la montagne ! Si tu m’avais vaincu au combat, jamais tu ne m’aurais entendu gémir, mais toi, Ours, assis et plaintif, tu déshonores ta famille par tes gémissements, comme un malheureux Shaugodaya3, une vieille femelle toute peureuse !»

Alors, Mudjekeewis a brandi sa hache et a frappé une nouvelle fois Mishe-Mokwa entre les deux yeux ; il lui a brisé le crâne comme on brise la glace pour pêcher en hiver. Et ce fut la fin de Mishe-Mokwa, le Grand Ours des montagnes, terreur des nations ! »

« Honneur à Mudjekeewis ! s’exclama le peuple, Honneur à Lui ! Il sera désormais appelé Le Vent d’Ouest, celui qui domine et détient tous les autres vents du ciel. Appelez-le Kabeyun, le Vent d’Ouest ! »

C’est ainsi que Mudjekeewis devint le père des Vents du ciel. Il garda pour lui le Vent d’Ouest et donna les trois autres à ses enfants : Wabun eut le Vent d’Est, Shawondasee le Vent du Sud et le froid et cruel Vent du Nord fut pour le sauvage Kabibonokka.

Wabun était jeune et beau. De ses flèches argentées, il apportait l’aurore, en chassant les ténèbres par-dessus les collines et les vallées. Ses joues étaient ornées de bandes d’un rouge profond ; de sa voix, il éveillait le village, appelant le daim, réveillant le chasseur. Mais il était seul dans le ciel. Bien que les oiseaux chantent gaiement pour lui, bien que les fleurs de la prairie embaument l’air pour lui, bien que les forêts et les rivières fassent entendre leurs bruissements et leurs cris à son passage, son cœur était triste et seul dans le ciel.

Mais un matin, alors qu’il scrutait la terre pendant que le village dormait encore et que la brume reposait sur la rivière, il aperçut une femme qui marchait tel un fantôme chassé par l’aurore.

Toute seule au milieu de la prairie, près de l’eau, elle ramassait des iris d’or et des joncs.

Alors, tous les matins, scrutant la terre, la première chose qu’il apercevait était ces yeux bleus qui le regardait, deux petits lacs bleus parmi les joncs et il aimait la jeune fille solitaire qui guettait sa venue ; tous deux étaient seuls, elle sur terre, lui dans le ciel. Il la courtisa avec ses caresses et ses sourires lumineux.

Avec des mots doux, des soupirs et des chants murmurés doucement à travers les branches, de douces musiques et de douces odeurs il l’attira à lui, contre sa poitrine et l’enveloppa dans sa cape d’écarlate. Alors il la changea en étoile, et là, tremblante contre lui, et pour toujours marchant ensemble dans le ciel, on voit Wabun et Wabun-Anung, l’étoile du matin.

Le sauvage Kabibonokka demeurait au milieu des icebergs et des neiges éternelles du royaume de Wabasso au pays du Lapin Blanc. En automne, les arbres se coloraient de pourpre sous sa main et les feuilles de rouge et de jaune ; il envoyait les flocons de neige, serrés et sifflants par les forêts, gelait les étangs, les lacs, les rivières, chassait les plongeons et les mouettes vers le Sud, poussait les cormorans et les courlis au fond de leurs nids de carex et d’algues au domaine de Shawondasee.

Un jour, le sauvage Kabibonokka quitta son repaire de neige, sa demeure au cœur des icebergs. Et sa chevelure recouverte de neige ruisselait derrière lui comme une rivière, une rivière noire d’hiver tandis qu’il rugissait en se ruant vers le Sud, au-delà des lacs gelés et des marais.

Là, parmi les roseaux et les joncs, il trouva Shingebis, le grand plongeur qui tirait ses filins chargés de poissons derrière lui à travers les marécages gelés et les landes, s’y attardant encore, bien que sa tribu soit depuis longtemps partie vers la terre de Shawondasee.

Le sauvage Kabibonokka se demanda : « Qui ose me braver en s’arrêtant dans mes domaines, alors que Wawa, l’oie sauvage et le héron Shu-shu-gah sont partis pour le Sud ? Je vais m’introduire dans son wigwam et jeter son pot de braise ! »

Et, à la nuit tombée, Kabibonokka, farouche et gémissant se rendit au wigwam. Il amoncela la neige en monceaux sur lui, hurla par le trou de la cheminée, ébranla les fondations, et battit le lourd rideau de la porte d’entrée. Shingebis, le grand plongeur n’eut pas peur et ne s’en soucia pas. Il avait quatre grosses bûches pour alimenter son feu, une pour chaque lune de l’hiver et du poisson pour se nourrir. Assis bien au chaud près de son feu embrasé, il mangeait joyeusement, riant et chantant : « Ô, Kabibonokka, tu ne dures pas plus que moi ! »

Alors Kabibonokka entra et, bien que Shingebis le grand plongeur sentit sa présence par le froid intense qui l’entoura, par le souffle glacial sur sa peau il ne cessa pas pour autant de chanter ni de rire. Il tourna simplement un peu la bûche pour raviver les flammes et faire jaillir les étincelles par le trou de cheminée. Du front de Kabibonokka, de sa chevelure saupoudrée de neige, s’écoulèrent de grosses gouttes qui tombaient lourdement en chatoyant sur les cendres, comme de l’avant-toit des wigwams et des fins rameaux des sapins-ciguës, la neige s’égoutte au printemps, en creusant des petits trous dans les névés. Ne pouvant supporter la chaleur, le rire, ni la chanson joyeuse, il se releva défait. Se ruant à corps perdu par la porte, il piétina les lacs et les rivières, rendant la neige et la glace plus épaisses et plus dures encore, et là, il défia Shingebis le grand plongeur à sortir et à venir se mesurer à lui, tout nu, sur les terres et les marais gelés ! Alors Shingebis vint et toute la nuit il lutta avec le Vent du Nord, nu, sur les terres gelées, tant et si bien que Kabibonokka le sauvage, se mit à haleter, perdant son souffle, tant et si bien que sa poigne de glace se desserra, qu’il chancela, recula, déconcerté et battu, au royaume de Wabasso, le pays du Lapin Blanc. Dans le vent résonnait encore le rire de Shingebis le grand plongeur et sa chanson… « Ô, Kabibonokka tu ne dures pas plus que moi ! »

Shawondasee, lourd et paresseux demeurait dans le lointain Sud, tout somnolent et rêveur au soleil, là où l’été ne finit jamais. De là, il envoyait les oiseaux des bois : le rouge-gorge Opechee, Owaissa le merle bleu, l’hirondelle Shawshaw, et au Nord, Wawa l’oie sauvage. De là aussi venaient les melons et le tabac et les grappes de raisin rouge.

De sa pipe, une fumée montante envahissait le ciel de vapeurs et de brume ; l’air d’une douceur hypnotisante couvrait l’eau de scintillements, frôlait les monts accidentés sans heurt et apportait le délicat été indien aux landes désolées du Nord, durant les jours ternes des premières neiges. Indolent, insouciant Shawondasee ! Seule une ombre l’envahissait, un unique chagrin emplissait son cœur : Il y a longtemps, tandis qu’il scrutait vers le Nord, il avait aperçu au milieu de la prairie, une grande et svelte jeune fille qui se tenait debout, seule. Elle portait une brillante parure verte et sa chevelure avait l’éclat du soleil.

Jour après jour, il la contemplait en soupirant ardemment, jour après jour son cœur s’enflammait d’amour et de passion pour la jeune fille aux cheveux d’or. Mais il était trop lourd et trop paresseux pour se remuer et la courtiser, oui, trop indolent pour la poursuivre et la persuader. Aussi, il se contentait de la contempler en soupirant avec passion jusqu’à ce qu’un matin, en scrutant vers le Nord, il vit la chevelure d’or toute changée et couverte de blancheur, de ce qui semblait être des flocons de la plus blanche des neiges. « Ah ! mon frère des terres du Nord, au royaume de Wabasso le pays du Lapin Blanc ! Tu as détourné ma jeune fille de moi, tu as étendu ta main sur elle et tu l’as conquise avec tes légendes de la terre du Nord ! » Alors, le malheureux Shawondasee exhala sa peine dans le ciel. Et, errant sur la prairie, le Vent du Sud enflammé de soupirs brûlants, des soupirs de Shawondasee, emplit l’air des graines duveteuses des chardons qui semblaient des flocons de neige. Et la jeune fille aux cheveux de soleil disparue à sa vue. Jamais plus Shawondasee ne revit sa chevelure dorée !

Pauvre crédule Shawondasee ! Ce n’était pas une femme que tu voyais ! Ce n’était pas une jeune fille après qui tu soupirais,  mais c’était le pissenlit de la prairie. Et durant tout l’ensorcelant été tu l’as regardé si amoureusement, tu as soupiré pour lui si passionnément, que te voilà essoufflé pour toujours et à jamais soupirant dans l’air, ah ! crédule Shawondasee !

Ainsi, les quatre vents furent partagés. Ainsi, les fils de Mudjekeewis eurent leur demeure à chacun des coins du ciel. Mudjekeewis le puissant, garda pour lui seul le Vent d’Ouest.

Informations complémentaires

Poids 160 g
Dimensions 8 × 138 × 204 mm
Disponible

Oui

Genre

Contes, Poésie

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