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L’Instruction Obligatoire – Guignol Étudiant

Jérôme Coquard – Glaudius Canard

138 x 204 mm – 94 pages – Texte – Noir et blanc – Broché

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UGS : 9782355832819-1 Catégories : ,

Description

L’Instruction Obligatoire – Guignol Étudiant – Jérôme Coquart et Glaudius Canard

L’échoppe de Gnafron. Vieux souliers sur les rayons. La cage à pie, le baquet à faire tremper le cuir, porte au fond, porte à gauche.

Scène 1

Gnafron

GNAFRON

(seul, retournant un soulier sur la rampe) N’y a pas à dire, le veau s’en va. Je ne sais pas ce qui mettent dedans, ces pilleraux d’escoffiers, y se relâchent à croire qu’ils se nourrissent de leur marchandise. V’la z’une grolle que j’ai rapetassée au moins dix-vuit fois. J’y ai mis de semelles, j’y ai mis de bouts, j’y ai mis de claques ; n’y a que mon fil que tienne. Ça n’a pas servi six mois que c’est tout depyandré. Et puis on m’agonit de sottises, les clients prétendent que je ne fais plus que de bouzyage, que je deviens borniclasse, que la lichaison me trouble la vue ! Si on peut bajafler de samputations charogneuses comme ça ! Ah ! il est passé le temps où toutes les deux heures on lâchait la pége en chantant :

Arrosons-nous la digne, la digne,

Arrosons-nous la digne du cou !

Oui, depuis que ma fille, Madelon, m’a quitté, je m’a mis au régime pour lui s’acheter un bois de lit en fer le jour de ses noces ; c’est tout au plus si je bois mes deux litres par jour, et encore à mes repas. C’est vrai qu’aujourd’hui le vin, c’est comme le veau. Quelle sale drogue ! Ça fait regret ! Faudra que j’en porte un demi-setier au dépuratoire municipable. Y a un mami qui vous dit tout de gô : c’est de la poison. Y zy mettent tant de fursine, depuis qu’y ont éventé le phyro-queséra, que j’en ai pris la trogne rouge comme une aubergine. À moins que ce ne soye le chagrin que me l’a roussie ! C’te pauvre Madelon, elle a z’eu honte de vivre sans rien faire que la soupe de son p’pa. Elle a voulu gagner sa vie, remplir une cachemaille avant d’entrer en ménage, et la v’la maintenant toute seule dans une suspente de la Grand’Côte, à côté de son ateyer. Reusement que son promis Guignol va de temps en temps lui porter de vieuillets et me donner de ses nouvelles. Tiens ! mais il devait venir ce matin. Et moi qui l’attends pour achever le vers ! Y va me faire prendre la pépie.

(Air)

Chaque matin, à la piquette.

Je m’en vais licher un canon.

Au lieur qu’il me mette en goguette,

Je tape plus fort sur mes grollons.

Scène 2

Guignol, Gnafron

GUIGNOL

Bonjour, père Gnafron.

GNAFRON

C’est toi, Guignol, d’où donc que tu sors  ? T’es en retard, mami. J’ai la gargouane sèche comme une barquette. Me semble qu’on m’a vidé une barouette de sable dans le corniolon.

GUIGNOL

Y avait de relème, et malgré mon picarlat, j’ai pris au moins douze billets de parterre depuis les Pierres Plantées jusqu’en rue du Commerce. Si te n’y crois pas, (se retournant et s’inclinant) je peux te faire voir les contremarques.

GNAFRON

Je m’en rapporte, qué bocon !

GUIGNOL

(tristement) Pis il est ben toujours assez à bonne heure pour venir raconter de calamitances.

GNAFRON

Que donc que te bajafles avec tes calamitances  ? Le fait est que t’as l’air flape comme un matefaim de la veille. Te te seras tant sigrollé la cervelle en débaroulant sur les cadettes que te t’as sansouillé l’entendement.

GUIGNOL

(geignant très fort) Euh ! Pauvre Gnafron !

GNAFRON

Te vas faire venir les pompiers si te gueules comme ça. As-tu fini de baver, grande panosse ? Tiens, viens boire un canon, ça te remettra.

GUIGNOL

Je n’ai pas soif.

GNAFRON

Te n’as pas soif  ? Te n’esse donc plus un ami  ?

GUIGNOL

(de même) Ah ! Pauvre Gnafron.

GNAFRON

Ça te reprend, faut de faire donner d’ l’ermétique.

GUIGNOL

Ah !

GNAFRON

Ah ! Assassez ! Tu vas tout me déponteler la fège à feurce de faire le veau. Voyons, quoi qu’y n’y a  ?

GUIGNOL

Eh ! bien, ce matin à la piquette du jour, je saute de mon pucier, je descends me décrasser au bachat et je mets un peu de pège à mon sarsifix pour lui donner du montant.

GNAFRON

N’y a pas là de quoi prendre la courante.

GUIGNOL

Attends mement. Je m’en y vais bras sans dessus dessous avec ma tavelle, dire bonjour à Madelon avant qu’elle n’aille à son ateyer. J’enfile la rue Trois Massacres, le quai de la Baleine, le Pont de pierre, et j’achète un tas de pommes pour Madelon.

GNAFRON

Faut pas l’habituer à ça. C’est une galanterie difficile à garder en ménage.

GUIGNOL

Enfin, j’arrive Grand’Côte au cent moins n’un, ousqu’elle demeure et je frappe délicatement à sa porte. Rien. Elle dort encore la canante, que je me dis. Je frappe plus fort, et je me penche vers la serrure pour mettre l’œil au trou.

GNAFRON

Guignol, ta sincérité te sauve. Si tu ne m’avais pas dit que tu fais de ces gognandises, je t’aurais retiré ma bénédiction.

GUIGNOL

Comment que te l’aurais retirée grande bugnasse  ? Si je te l’avais pas dit, te l’aurais pas su.

GNAFRON

T’as raison ; continue.

GUIGNOL

Je refrappe, je remets l’œil au trou. Rien. Je cogne avec ma racine de guimauve. Toujours rien. Je crie (très haut) Madelon, Madelon !

GNAFRON

(se bouchant les oreilles) Mais te me casses le tremplin. Te peux pas gueuler moins fort  ?

GUIGNOL

C’était pour réveiller Madelon. Je reluque à nouveau. Rien ! Je recrie Ma…

GNAFRON

C’est bon, c’est bon. Eh bien qu’est-ce qui arrive  ?

GUIGNOL

Ce qui arrive ! Un tas de pilleraux, que j’avais réveillés en cersaut, que dégringolent de tous les étages, que crient au voleur, et qui me bousculent avec de tavelles, de trafusoirs, de manches à balais, de couevettes, de balyettes…

GNAFRON

Fallait les cabosser.

GUIGNOL

Je suis ben assez moîgneux, mais j’étais pas assez nombreux.

GNAFRON

Fallait jouer des fumerons.

GUIGNOL

Pas moyen de s’escanner, il n’en venait d’en bas comme d’en haut. Y s’étions au moins nonante-sept sur le carré, que bouchient la descente. Alors je leur s’y explique qu’y a quelque chose d’extraordinaire ; qu’on a dû enlever Madelon, etcetera, etcetera.

GNAFRON

Mais, malureux, tu perds la reputance de ma fille.

GUIGNOL

Que ça te fait, puisque je vais l’épouser  ?

GNAFRON

T’as raison ; continue.

GUIGNOL

N’y en a un qui repète qu’on l’aura l’enlevée ! Un autre que prétend qu’elle avait l’air tout chose et qu’elle est allée piquer une tête à la Mort-Qui-Trompe ; un troisième qui dit qu’y vient de temps en temps un gone qu’a l’air bien patet qu’a dû faire le coup.

GNAFRON

C’est toi, ça. Te t’es pas reconnu  ?

GUIGNOL

Je me serais ben reconnu si ç’avait été moi. Enfin de bas en haut de l’escalier y se crient les nouvelles : On l’a t’enlevée ! Elle s’est truicidée ! On l’a t’assassinée !

GNAFRON

Tous les batillons en branle, quoi ! Ce devait être plein de femmes.

GUIGNOL

Là-dessus arrive l’épicière du coin. Ah ! c’te pauvre demoiselle, qu’elle fait. Qué malheur ! Je ne l’avais pas vue passer ce matin, je pensais bien qu’il lui était arrivé un arcident.

GNAFRON

Quand t’auras fini de devider ta longueur, je t’expliquerai l’apologe.

GUIGNOL

Arrive la tripière qui s’écrie : Ah ! c’te pauvre demoiselle, dire que je lui ai vendu y a pas huit jours pour deux sous de melette.

GNAFRON

Oui, c’était pour se mettre sur le cropion, rapport à de s’arbouillures que lui z’y démangeaient.

GUIGNOL

Arrive l’herborisse, que borle : Oh ! c’te pauvre demoiselle, dire que le mois dernier je lui ai vendu de bourrache et de petite cent oreilles.

GNAFRON

Elle s’était un peu s’échauffée à la lecture d’un roman de Poile de coque, lui fallait de s’émollients.

GUIGNOL

Si bien que finalement arrive un bleu que sort un canepin de sa poche de darnier, que tire un grand crayon, et que dit que n’y comprenant rien, il s’en va faire un rapport sogné au commissaire.

GNAFRON

Mais que donc que te faisais pendant ce temps  ?

GUIGNOL

J’étais pétafiné comme une bugne que n’a pas vu la friture. On m’avait porté aux écommuns pour me faire respirer de selles.

GNAFRON

Ah ! ben, elle aura un faraud canezard… Fallait me prévenir que t’y allais, grand cogne-mou. Je t’aurais dit qu’elle était partie chez la Dodon…

Informations complémentaires

Poids 150 g
Dimensions 9 × 138 × 204 mm
Disponible

Oui

Genre

Théâtre

Édition numérique

Non, Oui

Édition papier

Non, Oui

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