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Comédies et proverbes

Comtesse de Ségur

138 x 204 mm – 160 pages – Texte – Noir et blanc – Broché

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UGS : 9782355832543 Catégories : ,

Description

ACTE PREMIER

SCÈNE I

Blanche et Laurence sont assises près d’une table, elles travaillent.

BLANCHE : As-tu bientôt fini ton jupon ?

LAURENCE : Non, pas encore. (Elle bâille.) Comme c’est ennuyeux à coudre ! l’étoffe est si épaisse ! j’ai le doigt tout abîmé !

BLANCHE : Mon ouvrage, à moi, n’est pas plus agréable ! Il faut piquer le cor- sage : c’est dur ! j’ai déjà cassé trois aiguilles.

LAURENCE : Nous menons une bien triste existence depuis la mort de pauvre maman ! Toujours travailler pour la poupée de Gizelle ! toujours être à ses ordres ! BLANCHE : Et Léontine ne veut pas comprendre que c’est ennuyeux pour nous ; que nous perdons notre temps ; que nous n’apprenons rien !

LAURENCE : Et comme c’est amusant d’aller aux Tuileries avec Gizelle pour jouer avec des enfants de quatre à six ans !

BLANCHE : Et les bonnes qui veulent toujours que nous cédions aux enfants, que nous fassions toutes leurs volontés.

LAURENCE : Et tous les jours, tous les jours la même chose !… Je vais me reposer pendant que nous sommes seules ! C’est fatigant de toujours travailler ! (Elle pose son ouvrage et se met à l’aise dans un fauteuil.)

BLANCHE : Je vais faire comme toi ; d’ailleurs j’ai presque fini ce corsage ! (Elle pose son corsage près de la poupée et se repose comme Laurence ; toutes deux ne tardent pas à s’endormir.)

SCÈNE II

Les précédents, Gizelle

GIZELLE s’approche de ses tantes, les regarde avec étonnement, et dit tout bas : Elles dorment, les paresseuses ! C’est bon, je vais prendre le jupon et le corsage et je vais les mettre à ma poupée. (Elle prend les vêtements non achevés, et veut les mettre à la poupée ; elle se pique le doigt avec l’aiguille restée dans le corsage et se met à crier.)

BLANCHE et LAURENCE se réveillant en sursaut : Qu’est-ce que c’est ? Qui est-ce qui crie ? C’est toi, Gizelle ? Qu’as-tu ?

GIZELLE, tapant Blanche : Méchante ! Vilaine ! Tu m’as piquée ! Tu m’as fait

mal ! J’ai du sang.

BLANCHE : Comment du sang ? Pourquoi ?

GIZELLE pleurant : Parce que tu m’as piquée, méchante ! BLANCHE : Moi ? Je t’ai piquée ? Je ne t’ai pas touchée seulement ! GIZELLE : Si ! tu m’as piquée ! J’ai du sang !

LAURENCE : Mais ce n’est pas Blanche ni moi qui t’avons piquée ! C’est toi- même.

GIZELLE : Tu es une menteuse ! et je vais le dire à maman. BLANCHE : Parce que tu espères nous faire gronder !

GIZELLE : Oui, et tant mieux ! Je serais très contente !

LAURENCE : C’est méchant ce que tu dis là, Gizelle. Et pour la peine tu n’auras pas ta poupée.

GIZELLE, criant : Je veux ma poupée. (Elle cherche à la prendre.)

LAURENCE : Je te dis que tu ne l’auras pas. (Gizelle saisit la poupée par la tête et tire ; Laurence retient la poupée par les jambes ; la tête se détache ; Gizelle tombe, et en tombant brise la tête de la poupée.)

GIZELLE, criant : Maman ! maman ! au secours ! Blanche et Laurence m’ont piquée ; elles ont cassé ma poupée !

SCÈNE III

Les précédents, Léontine accourant

LÉONTINE : Qu’est-ce que tu as, mon petit trésor ? Pourquoi pleures-tu ? GIZELLE : Blanche et Laurence m’ont fait piquer ; Laurence a cassé ma poupée. LÉONTINE, la prenant dans ses bras et l’embrassant : Ne pleure pas, mon ange, mon pauvre souffre-douleur ! Tes tantes te donneront sur leur argent de poche une nouvelle poupée, bien plus jolie. Et comment t’es-tu piquée, chérie ?

GIZELLE : Elles ont mis des aiguilles dans les habits de ma poupée pour que je me pique.

BLANCHE : Pas du tout, Gizelle ; tu es venue les prendre et tu t’es piquée toi- même.

LÉONTINE, sèchement : Mais, Blanche, si tu n’avais pas laissé ton aiguille dans

l’ouvrage, la pauvre petite ne se serait pas piquée.

BLANCHE : C’est vrai, ma sœur ; mais pourquoi touche-t-elle à notre ouvrage ? LÉONTINE : Votre ouvrage est à elle puisque ce sont des vêtements pour sa poupée.

LAURENCE : Ah bien ! si elle veut y toucher pendant que nous y travaillons, elle se piquera, voilà tout. Seulement elle ne doit pas crier et dire que c’est notre faute.

LÉONTINE : C’est aimable ce que tu dis ! Vous êtes toujours à taquiner cette pauvre petite ; et quand vous l’avez bien agacée et fait pleurer, vous dites qu’elle est méchante et insupportable.

BLANCHE : Si tu la voyais dans ses moments de colère et de méchanceté, tu ne la trouverais pas si gentille et si à plaindre.

LÉONTINE : Je suis avec elle tout aussi bien que toi, et je vois que c’est toujours vous qui la taquinez. Au reste, pour expier cette dernière scène, vous allez de suite finir la robe que vous faisiez quand la pauvre Gizelle est entrée.

GIZELLE : Et puis je veux une capeline pour ma poupée.

LÉONTINE : Oui, mon ange. (À ses sœurs) 🙂 Vous ferez de plus une petite capeline en taffetas blanc.

GIZELLE, à Laurence : Je veux qu’elle soit garnie de velours. LAURENCE, avec humeur : Elle sera comme on te la fera.

LÉONTINE : Jolie manière de répondre ! Viens, ma pauvre Gizelle, viens avec moi ! GIZELLE : Non ; je veux rester ici à les regarder travailler.

LÉONTINE : Elles vont encore te faire pleurer.

GIZELLE : Si elles me font pleurer, je les ferai gronder. Allez, maman, allez, je le veux. (Léontine rit, l’embrasse, et sort en lui envoyant des baisers.)

Informations complémentaires

Poids 185 g
Dimensions 12 × 138 × 204 mm
Disponible

Oui

Genre

Contes

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